
Mon activité autour du stoïcisme
Depuis quelque temps, je m’investis (aussi) activement (que possible) au sein de Stoa Gallica. J’ai notamment rejoint le groupe WhatsApp de son Portique Romand, et je participe aux échanges avec un intérêt constant. Je prends aussi part aux discussions sur Discord, et j’aimerais à l’avenir contribuer davantage à l’organisation des rencontres en ligne et au développement de l’Association. Je m’engage avec prudence, conscient de mes limites en termes de temps et d’énergie, mais avec l’envie sincère d’aider à faire vivre ce mouvement stoïcien contemporain qui m’est devenu si cher.
Ma rencontre avec le stoïcisme
Comme beaucoup, j’ai découvert le stoïcisme à un moment où ma vie était en désordre. Jusqu’à mes quarante ans, je faisais partie de ce que j’appelle aujourd’hui les “âmes perdues” — ces personnes qui vivent en pilote automatique, prennent des décisions dictées par leurs émotions, sans jamais questionner leur système de pensée. Issu d’une famille marquée par des troubles psychiques non diagnostiqués, j’ai longtemps vécu sans conscience claire des distorsions cognitives qui orientaient mes choix.
Une série d’échecs personnels et professionnels m’a conduit dans une impasse : divorce douloureux, rupture affective toxique, faillite d’un projet entrepreneurial, perte de repères, chômage prolongé… J’étais à terre, tant émotionnellement que matériellement.
C’est au détour d’un profil LinkedIn que tout a commencé à changer. Un employeur potentiel mentionnait Marc Aurèle. Ma curiosité m’a poussé à écouter How to Think Like a Roman Emperor de Donald Robertson. Très vite, j’ai eu la sensation étrange d’écouter mon thérapeute. Les principes exposés dans le livre — acceptation, maîtrise de soi, recentrage sur l’essentiel — résonnaient exactement avec les séances de thérapie que je suivais alors. J’ai compris que ce n’était pas un hasard : mon thérapeute pratiquait la thérapie cognitive comportementale, directement inspirée des enseignements stoïciens, notamment d’Épictète.
Ce fut un électrochoc. Pour la première fois, j’avais un cadre de pensée solide, cohérent, exigeant, profondément libérateur… et surtout, scientifique (c’est-à-dire, fondé sur des expériences empiriques), qui pour le non-croyant que je suis, était important. J’ai plongé tête la première dans l’étude du stoïcisme antique et contemporain. Mais surtout, j’ai commencé à le pratiquer.
Ce que le stoïcisme a changé pour moi
Le stoïcisme a tout changé. Absolument tout.
Ce n’est pas une posture intellectuelle ou un hobby philosophique. C’est devenu la colonne vertébrale de ma vie. Chaque jour, je m’entraîne à vivre en stoïcien. J’ai mis en place un rituel quotidien structuré, que je n’ai interrompu qu’à de très rares occasions depuis plus de deux ans.
Je me lève deux heures et quart avant de quitter chez moi. Ma journée commence par la récitation d’une “prière stoïcienne” que j’ai composée à partir de pensées et de citations que je veux graver en moi. Je poursuis par un exercice d’écriture, basé sur plusieurs axes : premeditatio malorum, gratitude, réflexion sur ce qui dépend de moi, affirmation du jour… Puis je fais trois minutes de respiration consciente, dix minutes de méditation stoïcienne avec une application, et un exercice de recherche de citation : je choisis une pensée stoïcienne du jour, je la retrouve dans le texte original, je la lis dans son contexte, je l’analyse brièvement à l’aide de l’IA, et je la partage avec mes amis du Portique Romand. Ensuite, je lis quelques pages d’un texte antique stoïcien (cette année, Pensées pour moi-même), j’écoute une autre lecture quotidienne (une citation stoïcienne commentée), et je termine par dix minutes d’exercice physique intense. Ce rituel me prépare à la journée, ancré dans les trois disciplines stoïciennes : le désir, l’action, et l’assentiment.
Le soir, je fais une revue du jour, en cinq étapes : je passe en revue les moments marquants et les émotions vécues, j’identifie ce que j’ai bien fait et les vertus mobilisées, je note ce que j’aurais pu mieux faire, je définis une intention pour le lendemain, et je conclus en qualifiant mon état d’esprit par un emoji. Simple, mais redoutablement efficace.
Ce que cette discipline m’a apporté ? Ell me rapproche de la paix intérieure. La clarté. Le désir que tout se passe tel quel. Et surtout, la conscience que mon équanimité ne dépend pas du monde extérieur, mais de mon aretê, mon excellence morale. Les “indifférents” — la santé, l’argent, le succès — j’ai appris à les voir pour ce qu’ils sont : des outils, et non des buts. Ce qui compte, c’est ce que j’en fais.
Aujourd’hui, je ne fuis plus la solitude. Je ne cherche plus désespérément à être aimé. Je m’efforce d’aimer mon destin — amor fati — et de vivre selon mes valeurs, non selon mes émotions. Le stoïcisme m’a appris que je suis l’archer, mais que je ne contrôle pas la cible. Mon seul devoir est de tirer au mieux — le reste ne m’appartient pas.
Je suis encore très loin de la sagesse. Souvent je trébuche. Il y a souvent quelque chose à noter à la rubrique “ce que j’aurais pu mieux faire”… Mais le chemin est devenu clair. Et c’est lui, désormais, qui donne du sens à ma vie.

Bonjour Massiliano,
Je viens de lire l’article retraçant ton parcours qui t’a amené à la pratique de la philosophie stoïcienne , et je l’ai trouvé particulièrement remarquable et inspirant. Ton chemin résonne beaucoup avec le mien, notamment dans ma découverte du stoïcisme, arrivée comme une évidence après des difficultés de santé et de travail.
Je suis adhérente au portique Stoa Gallica de Paris et je dois dire que nous avons une chance incroyable d’avoir accès à une association française et francophone qui offre une si belle ouverture sur le stoïcisme moderne.
Voilà, c’était simplement un petit message et un grand merci pour ce partage. Belle continuation vers le chemin de la sagesse.
Maïté