Lumière sur… Jérôme Ravenet

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Ma rencontre avec le stoïcisme

Dans les tourmentes de la vie de famille, les émotions et les errances de la vie étudiante, j’avais assez tôt – quoique assez vaguement j’en conviens – découvert le stoïcisme : à travers M. Yourcenar, Epictète et Spinoza. Car c’était à la source extrême-orientale, par la voie plus ou moins rude des arts martiaux et des techniques du souffle, que j’avais d’abord cherché mon chemin et une quintessence d’« exercices » pour un art de vivre. J’avais continué, après l’agrégation, avec une première thèse de doctorat sous la direction de F. Jullien entre 1995-2001, en même temps qu’un cursus de MTC entre Avignon et Shanghai (pour explorer les enjeux pratiques d’une anthropologie du corps), tout en suivant les enseignements du Vénérable Nyanadharo, et ceux de Liu Jingru jusqu’aux championnats du monde de 2006… Mais mon intérêt revenait périodiquement au stoïcisme qui faisait résonner l’écho (un tantinet romantique) d’un dialogue oublié entre la Méditerranée et l’Orient, découvrant que Zénon de Kition avait probablement puisé, sous l’influence des diadoques d’Alexandre, dans le vieux fonds de la sagesse indienne et je m’attachais à retrouver ici, « chez nous », l’essentiel d’une pensée cosmopolitique et d’une sagesse universelle qui donne à vivre autant qu’à penser, et me réenracinait en Europe sans m’éloigner de mes motivations sinologiques.

Ce que le stoïcisme m’a apporté

Ce que j’avais (bien ou mal) compris de cette sagesse m’aida quand même à traverser les difficultés d’une vie professionnelle compliquée par les enquêtes d’une administration qu’on se contentera de qualifier de « laïque », éperonnée par une Miviludes très curieuse de ma vie privée (c’est-à-dire des extrémités auxquelles éventuellement je poussais ces exercices, risquant alors par mon « influence préjudiciable », de « corrompre la jeunesse »), elle-même secondée par de très prudents Inspecteurs de philosophie !.. « N’espère pas la République de Platon ! » Sans attendre une solution venue de l’extérieur, je cultivais l’endurance et je supportais, m’efforçant de passer à travers les gouttes, sans faute, obéissant à mon daimon et à l’écoute de mes amis : la Logique stoïcienne m’aida à ne pas juger mes accusateurs (qui ne faisaient après tout que leur métier en exprimant les valeurs auxquelles ils croyaient), la Physique me rappelait que tout était en ordre et à sa place, et l’Ethique me donnait les moyens consolant de continuer à faire ce qui convenait, c’est-à-dire à « faire du bien » autant que mon empathie et ma bienveillance me le permettaient, sans désespérer du cours des choses, ni rager de mon impuissance à le changer. Il est d’ailleurs probable que mon affection – déclarée – pour Marc Aurèle, Epictète et Pierre Hadot aient contribué à calmer ces suspicions de « radicalisation » : on ne voit pas bien en effet, sur quel texte sulfureux ou de quel sinistre exemple pourrait s’inspirer un terrorisme stoïcien !

Se nourrir et se relier…

Je continuais donc ma route et chemin faisant, je continuais de lire dans la « vie en harmonie avec la nature », comme la traduction du principe de gravité de cette philosophia perennis que cherchait ou cultivait Leibniz – philosophe auquel le président chinois Xi Jinping rend hommage – précisément pour son universalisme antihégémonique…

J’évoque Xi Jinping et Leibniz parce que ce sont ces curieux prolongements qui devaient me ramener, via la Chine ancienne et l’Antiquité européenne, sur le chemin de la Chine contemporaine : j’essaie toujours d’expliquer ce que ces sagesses antiques peuvent apporter aujourd’hui à ceux qui veulent « bien vivre », à titre individuel ou collectif, et en marge de mon enseignement du chinois à Sciences Po, je consacre aujourd’hui une bonne partie de mon temps au dialogue de Xi Jinping avec les racines philosophiques de l’Orient et de l’Occident, au fil duquel il m’est apparu comme une sorte de « Marx Aurèle »… Comme la chouette de Minerve ne voit clair qu’à la tombée de la nuit, je ne veux bien sur pas en juger trop vite ; mais c’est bien d’une certaine inspiration stoïcienne que se nourrissent mes hypothèses sinologiques présentes : peut-être parce qu’il fait sombre sur l’Occident, il me semble lire dans les exercices spirituels du socialisme à la chinoise, sinon une voie de salut, du moins un défi pour la pensée, et en tous cas de quoi piquer ma curiosité. J’ai donc rédigé (et achevé) une deuxième thèse (à Paris X, avec E. Renault) où les sources stoïciennes et un certain spinozisme m’aident à explorer les rapports d’opposition et de complémentarité entre la puissance (potentia) et le pouvoir (potestas) – une thèse sur la politique chinoise de Xi Jinping, que j’ai pensée comme une méditation sur ce propos des Entretiens d’Epictète (et que j’y ai d’ailleurs pour cette raison mis en exergue) : « Le point de départ de la philosophie, c’est la conscience que nous avons de notre faiblesse et de notre incapacité dans le domaine de ce qui est le plus nécessaire ».

Je tiens au stoïcisme (de Marc Aurèle et d’Epictète surtout) parce que j’y trouve une méthode rationnelle pour penser sans jugement, pour aller vers le réel, plus léger, et me relier de l’intérieur, plus simplement, aux autres et au Tout.

Mes travaux sur le stoïcisme

Vivre (en stoïcien) (2017)

Actualité du stoïcisme

Discipline de l’Action

Discipline du Moment Présent

Epicurisme en soutien

Jeûne pranique, exercice stoïcien

Outil essentiel – Sunanagnosis 1

Présent – Sunanagnosis 2

Psychologie stoïcienne

Racines du stoïcisme

Vidéothèque :

Quintessence du Stoïcisme – Premier Exercice Stoïcien : “juger sans juger”

 

Quintessence du Stoïcisme – Troisième Exercice : Justice, Bienveillance

 

Méditation Stoïcienne – Exercice du Soir – Donald Robertson, dit par Jérôme Ravenet

 

Attitudes Stoïciennes, de Donald Robertson (2013), dit par Jerôme Ravenet

 

Le Regard d’En Haut, Méditation Stoïcienne de Donald Robertson (2010) lue par Jérôme Ravenet

 

Lecture de toutes les lettres de Sénèque à Lucilius, dont la première est ici:

 

Critique stoïcienne du jeûne (et de la nourriture pranique) dans les Entretiens d’Epictète

 

Diététique stoïcienne – Commentaire de la Lettre 95 de Sénèque à Lucilius

 

Pour citer cet article: Jérôme Ravenet, "Lumière sur… Jérôme Ravenet". Publié sur Stoa Gallica le 23 septembre 2020. Consulté le 26 octobre 2020. Lien: http://stoagallica.fr/?p=939.
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