
Ce texte est une traduction en français, par Michel Rayot et Maël Goarzin, de l’article de Chuck Chakrapani, “Stoic Daily Practice” paru au mois d’avril 2026 dans le magazine The Stoic. Nous remercions l’auteur de cet article, qui est aussi l’éditeur de The Stoic de nous avoir donné l’autorisation de traduire ce texte et de le publier ici.
La pratique quotidienne du stoïcisme
par Chuck Chakrapani
Il existe de nombreuses façons de mettre en pratique le stoïcisme dans notre vie quotidienne. Ma méthode préférée consiste à me rappeler quelques principes clés et à les utiliser chaque fois que ma tranquillité est perturbée. La plupart des principes stoïciens sont interdépendants : mettre en pratique l’un de ces principes revient à mettre en œuvre par la même occasion plusieurs de ces principes. Voici une liste pour vous aider à vous lancer. Vous pouvez choisir d’utiliser les principes énoncés ci-dessous, ou créer votre propre liste.
1. Se concentrer sur ce qui dépend de nous
Au cœur du stoïcisme se trouve une idée simple : concentrer ses efforts sur ce qui dépend de nous et accepter ce qui n’en dépend pas. En effet, nos opinions, nos jugements et nos actions nous appartiennent, tandis que des choses comme le comportement des autres, la circulation ou la météo ne dépendent pas de nous. Dans la vie quotidienne, pratiquer le stoïcisme permet souvent de prendre conscience de toute l’énergie que nous gaspillons à lutter contre la réalité au lieu de lui répondre avec sagesse.
Exercice pratique quotidien : chaque fois que quelque chose vous dérange, demandez-vous : « Quelle action ou quelle pensée dépend de moi ? » Choisissez ce qui dépend de vous et laissez de côté ce qui n’en dépend pas.
2. Marquer une pause et examiner nos impressions
Une autre source de trouble est la précipitation dans le jugement, à la seconde où quelqu’un dit quelque chose ou dès qu’un événement se produit. Nous ne prenons pas le temps de marquer une pause et de réfléchir à la nature exacte de la situation.
« Quand tu es affligé par une chose extérieure, ce n’est pas cette chose qui te trouble, mais le jugement que tu portes sur elle. Et ce jugement, il dépend de toi de le supprimer immédiatement. » Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, VIII, 47, trad. M. Goarzin
Exercice pratique quotidien : si quelque chose vous perturbe — par exemple un courriel sans réponse, un projet qui tombe à l’eau ou une remarque agaçante —, faites une pause et vérifiez vos réactions. Quand quelque chose se passe mal, la réaction stoïcienne consiste à s’arrêter et à se demander : « Est-ce que cela me fait réellement du tort, ou est-ce mon interprétation qui provoque ce trouble ? » Ce sont peut-être vos premières impressions, erronées, qui vous font croire que l’on vous a causé du tort.
3. Séparer jugement et émotion
Nous sommes souvent gouvernés par nos émotions. Nous considérons nos actions, en réalité inspirées par l’émotion, comme des jugements bien réfléchis. Par conséquent, nous nous sentons souvent troublés.
« Il y a, Lucilius, plus de choses qui nous font peur que de choses qui nous font mal ; c’est plus souvent l’opinion que la réalité qui nous met en peine. » Sénèque, Lettres à Lucilius, 13, 4, trad. H. Noblot revue par P. Veyne
Exercice pratique quotidien : au quotidien, soyez attentif à vos émotions. Notez comment elles se manifestent lorsque vous vous laissez entraîner dans une spirale d’inquiétudes : au sujet de votre carrière, de vos relations, ou des jugements que vous imaginez venant des autres. Quand cela survient, revenez à la réalité du présent au lieu d’alimenter des scénarios catastrophes.
4. Vivre selon ses valeurs plutôt que selon ses humeurs
Nous nous laissons souvent emporter par nos humeurs et oublions de vivre selon nos valeurs. Comme ce sont ces valeurs, et non nos humeurs constamment changeantes, qui contribuent à notre bonheur, nous devrions garder nos valeurs à l’esprit en permanence.
« Cesse de débattre sur ce que doit être un homme de bien ; sois-le. » Marc Aurèle, Pensées, X, 16, trad. M. Goarzin
Exercice pratique quotidien : rappelez-vous les valeurs selon lesquelles vous voulez vivre. Chaque matin, définissez ce qui est important et agissez honnêtement même lorsque cela demande un effort ; soyez bienveillant même si cela n’est pas récompensé ; et faites preuve d’autodiscipline lorsque la motivation faiblit.
5. Réfléchir à l’impermanence
Les stoïciens pratiquaient le « memento mori », qui consiste à se rappeler que la vie a une fin — non pas par esprit morbide, mais pour gagner en clarté. Marc Aurèle se le rappelle de cette façon :
« Agir, parler et penser comme si, dès maintenant, tu pouvais cesser de vivre. »Marc Aurèle, Pensées, II, 11, trad. M. Goarzin
Exercice pratique quotidien : rappelez-vous que vous n’êtes sur terre que pour un temps. Voulez-vous bien vivre, selon les vertus cardinales que sont la sagesse, le courage, la tempérance et la justice ? Ou bien voulez-vous vivre sans but ?
Crédits: Photo de Laurenz Kleinheider sur Unsplash
