Gagner la sérénité dans l’action

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“Plus un homme se rapproche d’un esprit calme, plus il est proche de la force.” (Marc Aurèle, Pensées, XI, 18)

Après une vie professionnelle trépidante de chef d’entreprise dans l’industrie Outdoor, je me consacre désormais à l’étude de la philosophie pratique. Je souhaite désormais partager des réflexions et des suggestions qui peuvent aider ceux qui désirent mener une vie sereine et harmonieuse, même s’ils sont confrontés à des situations très engageantes sur le plan professionnel.

Ma perspective, n’est ni celle d’un professeur de philosophie ni celle d’un coach de développement personnel. Elle est susceptible d’intéresser toute personne qui recherche l’amélioration de sa vie personnelle, dans tous les domaines.

Consciemment ou non, nous sommes tous gouvernés par quelques principes : c’est notre philosophie de vie. Il est crucial de se la forger sérieusement et consciemment. Tout comme le corps, l’esprit a besoin d’entraînement.

La civilisation actuelle, avec son cortège de tumultes et de sollicitations multiples, est favorable à la montée du stress, voire de l’anxiété. Notre système de réponse basé sur celui de nos ancêtres fait la part belle au réflexe de combat et de fuite, qui engendre la réactivité plutôt que l’adaptation ; ceci nous éloigne donc de la sérénité.

Cependant, nous sommes tous à la recherche d’une vie empreinte de sérénité, qui n’est pas évidente dans ce contexte.

Les sagesses anciennes, et spécialement le stoïcisme, nous donnent les clés pour atteindre cette sérénité. La valeur de ses principes n’a jamais été démentie, mais au contraire validée, par toutes les recherches dans le cadre de la psychologie positive, comme dans celui  des thérapies cognitives et comportementales (TCC).

Le stoïcisme comme philosophie de vie

Le stoïcisme a été développé comme philosophie de vie.

Fondé par Zénon en 301 av J.-C, le stoïcisme est la philosophie qui a sans doute le mieux traversé les âges pour connaître un important regain d’intérêt, notamment dans les pays anglo-saxons, depuis la fin du 20ème siècle.

Au début de notre ère, trois célèbres stoïciens nous ont légué l’essentiel des écrits dont nous disposons actuellement : Sénèque, un écrivain dramaturge et conseiller des princes ; Épictète, un esclave affranchi qui enseigna le stoïcisme ; Marc Aurèle, l’homme le plus puissant du monde à l’époque : l’empereur de Rome. Ils partageaient le fait d’être extrêmement actifs, de vivre pleinement leur philosophie qu’ils maîtrisaient totalement et qu’ils ont détaillée dans leurs écrits et leurs enseignements. Ils ne se considéraient pas comme des sages, mais comme des philosophes, c’est-à-dire qu’ils recherchaient activement la vie bonne. Sénèque a, par exemple, écrit des conseils à son ami, les Lettres à Lucilius ; Épictète a délivré un enseignement retranscrit par son élève qui nous a légué notamment un Manuel de la vie bonne (Enchiridion) ; Marc Aurèle a écrit ses Pensées pour lui-même, qui fort heureusement ont été préservées, et se trouvent être l’ouvrage stoïcien le plus diffusé.

L’auteur stoïcien, Chuck Chakrapani dans, Une Tempête bénéfique[1], résume la philosophie stoïcienne dont quelques lignes sont extraites ci-dessous :

Il est possible d’être heureux, libre et serein, quels que soient les événements extérieurs, en comprenant cette réalité essentielle : certains éléments de notre vie sont sous notre contrôle et d’autres pas.

Nous contrôlons les éléments suivants : nos croyances, ce qui nous attire et ce que nous rejetons, ainsi que nos désirs et nos aversions.

Tout ce qui nous arrive et tout ce qui survient autour de nous fait partie de la réalité. Nous devons agir en actionnant les leviers de ce que nous contrôlons. Si nous tentons de maîtriser ce que nous ne dominons pas, nous subirons entraves et frustrations.

La sphère de contrôle peut paraître étroite, mais elle est suffisamment étendue pour nous permettre d’atteindre le bonheur, la liberté et la sérénité.

L’auteur rapporte aussi la vue du stoïcisme selon Zénon son fondateur :

Le but du stoïcisme est de mener une vie cohérente. Menons une vie basée sur la raison, seul élément de cohérence. Cette vie cohérente apporte le bonheur.

La sérénité avec le stoïcisme

Pour connaître la sérénité avec le stoïcisme, il faut savoir s’ajuster par rapport à la nature et développer l’excellence de caractère (disposition d’esprit), par la pratique des vertus cardinales, au nombre de quatre ; elles jouent le rôle de boussole pour l’action :

  • la sagesse pratique : agir et choisir de manière raisonnée
  • le courage : vivre avec confiance et joie
  • la justice : comprise comme l’équité, la loyauté et le respect
  • la tempérance : la bonne mesure dans nos actions et jugements.

Ces principes élémentaires peuvent paraître abstraits mais les stoïciens ont développé toutes sortes d’entrainements pour atteindre la vie bonne qui peut se définir, comme l’a exprimé Reinhold Niebuhr[2] par :

  • L’acceptation avec sérénité des choses qui ne peuvent être changées ;
  • Le courage de changer celles qui devraient l’être ;
  • La sagesse d’en connaître la différence.

Les 8 pratiques stoïciennes de l’homme d’action

1 Le discernement de sa sphère de contrôle

Se concentrer sur les actions qui relèvent de notre sphère de contrôle, sans gaspiller d’énergie sur les jugements, sur les plaintes et sur tout ce que nous ne contrôlons pas. Cela peut être encore plus difficile pour celui qui détient du pouvoir. Il peut, par exemple, manquer d’humilité, surévaluer sa puissance et donc surestimer l’étendue de sa sphère de contrôle. Ainsi, il faut constamment faire l’effort de discerner les éléments sur lesquels notre attention doit se porter.

2 Le regard d’en haut

S’élever du théâtre de l’action immédiate, pour éviter de se laisser envahir par les soucis courants. Considérer les événements avec recul et une vision globale : « non, nous ne sommes pas le centre du monde ; oui, notre préoccupation de l’instant est bien limitée mise en perspective avec les grands problèmes du monde ».

Finalement, une attitude plus raisonnée et moins crispée nous apportera plus d’harmonie et de calme intérieur, ce qui favorisera une ambiance paisible.

3 Premeditatio malorum

Pourquoi ne pas envisager dans quasiment chaque situation l’hypothèse la plus défavorable ? Si elle se réalise, nous serons prêts, si elle est plus favorable, nous la résoudrons sans peine, tout en nous réjouissant. De plus la tranquillité d’esprit qui en découle contribue à l’amélioration de toutes les facettes de notre vie personnelle.

4 La clause de réserve

Garder en tête la maxime : « Fais ce que tu dois, advienne que pourra ». C’est la métaphore de l’archer : s’il s’est parfaitement concentré sur l’ajustement de son tir, une fois la flèche partie, des éléments peuvent se conjuguer pour lui faire manquer sa cible… Combien de fois sommes-nous encore préoccupés, alors que le sort en est jeté… Lorsque nous avons fait de notre mieux, lâchons prise ! Évitons la crispation et préservons notre disponibilité pour autrui.

5 Amor Fati

La résistance crée la souffrance, l’acceptation procure le calme intérieur.

Pour qu’une vie s’écoule dans la paix, comme le dit Epictète : ne t’attends pas à que les choses arrivent comme tu le veux, mais accepte et désire que les choses adviennent telles qu’en réalité. Entrainons-nous à aimer la vie avec toutes ses composantes et à en accepter tous les aspects. Notre force d’âme sera un modèle pour nos équipes et notre famille.

Un des auteurs les plus connus du stoïcisme, Ryan Holiday, a donné comme titre à son best-seller : L’obstacle est le chemin. Cet entrepreneur a bien compris et expliqué comment tous les obstacles renforcent notre force de caractère et améliorent notre compétence pour les franchir. Curieusement, nous n’aurons plus la sensation que les écueils de la vie privée font déborder le vase déjà bien rempli…

6 Memento mori

Souvenons-nous que nous sommes mortels : inutile de considérer ce principe de façon morbide ou défaitiste, mais prenons-le comme un principe de prise en main de notre existence. Comme le recommande Sénèque, cela doit nous donner de l’énergie pour nous focaliser sur les choses importantes. Il reconnaît avec humour qu’une certaine avarice n’est acceptable que dans la façon de dépenser son temps. En travaillant avec davantage de concentration, sans se laisser happer par la suractivité, nous serons plus efficace pour l’entreprise et plus présent pour notre entourage, gage d’épanouissement.

7 La valeur du Modèle

Se choisir un ou plusieurs grands personnages comme modèle, car nous admirons leurs valeurs et leur comportement, peut s’avérer très précieux lors des grands choix de vie. Comment ce personnage aurait-il appréhendé la situation ? La réponse permet de se sentir conforté dans ses décisions et d’éviter certaines préoccupations envahissantes. En outre, cela nous motive pour progresser dans la mise en pratique de nos valeurs.

8 L’examen personnel

Chaque matin, plutôt que de se laisser immédiatement absorber par le flot d’informations qui émanent des médias ou des réseaux sociaux, donnons-nous un instant privilégié. D’abord réjouissons-nous d’être en vie – entouré de proches, disposant de quoi vivre, si c’est le cas -. Ensuite, préparons sereinement la journée. Sénèque nous dit qu’elle doit se conduire comme le schéma d’une vie entière : pleinement.

Il faut se préparer à rencontrer des personnes qui n’auront pas la même disposition d’esprit, sans que cela ne perturbe notre calme intérieur.

Le soir venu, un instant est à préserver pour écrire ou réfléchir sur nos actions, pour nous féliciter de ce qui fut bien et nous motiver pour améliorer ce qui peut l’être. Ainsi les comportements problématiques ne se reproduisent pas sans cesse. Notre progression vers l’excellence est continuellement examinée et stimulée.

La vie bonne et sereine

Chez les Stoïciens, il existe trois catégories d’hommes :

  • les sages comme Socrate, et il en existe un parmi des millions ;
  • ceux qui désirent progresser dans la sagesse : les « progressants ». Tout stoïcien fait partie de ce groupe ;
  • une dernière catégorie, non dénommée, qui englobe tous les autres…

A l’évidence, celui qui se focalise essentiellement sur la réussite matérielle, qui souvent conduit à l’acharnement sur l’activité professionnelle et à un certain égoïsme, n’atteint pas le bonheur durable.

Grâce à ces exercices, le stoïcien progresse chaque jour dans la sagesse et dans la construction d’une relation harmonieuse avec soi comme avec les autres.

Le véritable bonheur et la sérénité s’obtiennent par la recherche de l’épanouissement, en jouant du mieux possible le rôle qui nous a été donné, pour atteindre la parfaite réalisation de notre nature.


[1] Livre numérique disponible sur le site de Stoa Gallica : https://stoagallica.fr/lhistoire-improbable-du-stoicisme/

[2] Prière de la sérénité


Crédits photos: Michel Rayot, Tous droits réservés.

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