Le 22 novembre 2025 a eu lieu la quatrième Journée stoïcienne, un temps d’études et de pratique pour apprendre à vivre ses émotions.
Organisée pour la première fois en 2021 par l’association Stoa Gallica, la Journée stoïcienne a pour but de favoriser les échanges entre les personnes intéressées par le stoïcisme. Après l’engagement politique et social en 2022, l’examen de nos représentations en 2023, nous avons choisi, cette année, un thème universel, intemporel et tout simplement humain : celui des émotions.
Loin d’être rejetées par les stoïciens, les émotions constituent un terrain privilégié de travail sur soi, et sont un élément clé de notre rapport à l’autre. Comprendre leur nature, apprendre à les orienter plutôt qu’à les subir, c’est déjà entrer dans la pratique stoïcienne. Ce thème, souvent mal compris et régulièrement caricaturé, méritait qu’on lui consacre une journée entière.
Cette journée a permis à une centaine de personnes d’explorer le stoïcisme sous un angle à la fois théorique et pratique, en dialoguant avec des spécialistes et en expérimentant des exercices concrets. Elle a offert à chaque personne présente une opportunité unique d’interroger la pertinence de la philosophie stoïcienne aujourd’hui et de l’intégrer dans notre quotidien.
Deux conférences
Le plaisir et la joie dans le stoïcisme

On considère généralement que le stoïcisme condamne le plaisir, au profit de la vertu et de l’absence d’émotions, mais c’est une vision partielle et fausse, comme l’a rappelé Jean-Baptiste Gourinat, Directeur de recherche au CNRS (Centre Léon Robin), dans cette première conférence de la journée. Il est vrai que les stoïciens condamnent le plaisir en tant que passion mais ils reconnaissent qu’une certaine forme de plaisir ou d’épanouissement résulte de la vie en conformité avec la nature. Cette forme de plaisir trouve sa forme la plus élevée dans ce qu’ils appellent la joie, qui est la forme raisonnable de l’émotion de plaisir, par opposition à sa forme passionnelle. Le stoïcisme prône l’éradication des passions irrationnelles, mais pour faire place à de « bonnes émotions », dont fait partie la joie, au même titre que la volonté comme désir raisonnable et la crainte comme peur rationnelle.
« Réjouis-toi et trouve ton repos dans une seule chose : passer d’une action accomplie au service de la communauté à une autre action accomplie au service de la communauté, avec le souvenir du dieu. » Marc Aurèle, Pensées, VI, 7
Des émotions sans passions

Selon Olivier D’Jeranian, enseignant aux universités Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Paris 10 et chercheur associé à l’équipe Gramata (Paris 1), les témoignages de Sénèque (De la colère) et d’Epictète (Entretiens, fr. 9) suggèrent que les stoïciens ont cherché à rendre compte des réactions émotionnelles involontaires à partir de leur propre psychologie de l’action, étudiant finement le phénomène de l’affection. Leur objectif : rendre le modèle du sage stoïcien accessible au commun des mortels, en offrant, grâce aux propatheiai – les « affections premières » -, un critère empirique pour distinguer le sage et l’insensé.
« Par exemple, moi, quand je suis sur un bateau, et m’étant penché par-dessus bord sur l’abîme, ou regardant la mer tout autour et ne voyant pas la terre, je perds la raison en m’imaginant qu’il me faut avaler toute cette mer si je fais naufrage et il ne me vient pas à l’esprit que trois setiers me suffisent ! Qu’est-ce donc qui me trouble ? La mer ? Non, mais l’opinion. De nouveau : quand la terre se met à trembler, je m’imagine que la ville va tomber sur moi ; ne suffit-il pas en effet d’une toute petite pierre pour me faire sauter la cervelle ? Quelles sont donc les choses qui nous accablent et qui nous font perdre la raison ? Quoi d’autre que nos opinions ? » Epictète, Entretiens, II, 16, 22-24
Cinq ateliers pratiques
La vanité

Et si la vanité n’était qu’un bruit de surface, là où le stoïcien cherche le calme du fond ? Cet atelier d’Elen Buzaré, membre fondatrice de Stoa Gallica, propose d’examiner la vanité comme une illusion du contrôle, un attachement aux regards extérieurs — pour mieux retrouver la souveraineté intérieure. Une invitation à distinguer ce qui dépend de nous… et ce qui n’est que vent.
« Quand un homme possède une supériorité sur les autres, ou du moins croit en avoir une même si ce n’est pas le cas, il est inévitable, s’il manque d’éducation, qu’il en soit tout enflé d’orgueil. » Epictète, Entretiens, I, 19, 1
Cultiver les bonnes émotions : exercices pratiques

Loin de mettre de côté toute affectivité (ce que l’on pourrait penser si on ne s’intéresse qu’à la thérapeutique des passions), les stoïciens nous invitent à nourrir les bonnes passions ou bonnes affections. Comment cultiver la joie, la bienveillance ou encore l’affection naturelle envers nos semblables ? À travers une série d’exercices pratiques préconisés par les stoïciens, Maël Goarzin, docteur en philosophie, membre fondateur et président de Stoa Gallica, examine dans cet atelier les différents moyens de se réjouir et de nourrir notre affectivité en relation avec soi-même, avec le monde et avec les autres.
« Ton premier devoir, le voici, mon cher Lucilius: fais l’apprentissage de la joie. (…) Crois-moi, la véritable joie est chose sérieuse. (…) Je veux te voir en possession d’une telle joie. Elle ne cessera jamais si tu sais d’où la prendre. » Sénèque, Lettres à Lucilius, 23, 3-4
La leçon du citharède

Que peut nous apprendre un citharède au-delà de ses talents de chanteur et de musicien ? Est-ce que le fait de savoir marquer la mesure est utile pour mieux faire face aux difficultés de la vie ? Ou bien une autre forme de savoir est-elle nécessaire ? C’est ce que Jérôme Robin, membre fondateur et trésorier adjoint de Stoa Gallica, aborde dans cet atelier pratique sur l’anxiété.
« Le citharède ne sait pas ce qu’est une foule ni ce qu’est l’approbation d’une foule ; il a appris à toucher la nète et l’hypate, mais ce qu’est l’approbation qui vient du grand nombre, quelle influence elle a dans la vie, il l’ignore et ne l’a pas étudié. Il est inévitable dès lors qu’il se mette à trembler et à pâlir. » Épictète, Entretiens, II, 13, 4-5
De l’émotion à l’action juste: repères stoïciens face aux violences sexistes et sexuelles

À l’occasion du 25 novembre, journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, Alexandra Bommart, formatrice en prévention des violences sexistes et sexuelles, a proposé un atelier collectif à partir de cas pratiques pour clarifier nos jugements et agir selon les vertus: accueillir une parole sans nuire, répondre avec justice et prudence, et orienter efficacement. Alexandra a proposé quelques exercices pratiques à partir de la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas afin de réguler nos émotions et de soutenir des actions justes et courageuses.
Aimer sans s’attacher : un paradoxe stoïcien

Alors que l’amour romantique ou fusionnel est présenté comme un objectif de vie nécessaire à son propre épanouissement, les stoïciens proposent une approche originale et peu représentée dans notre culture : un amour sans attachement, fondé sur la raison. Mais est-ce vraiment une forme d’amour désirable ? Ou même réalisable ? À quoi cela ressemblerait-il ?
Dans cet atelier, Jean-Baptiste Roncari & Olivier Martel, fondateurs et animateurs du Portique Stoa Gallica de Paris, ont invité les personnes présentes à discuter de la pertinence, de la désirabilité et de la faisabilité de cet amour. Chaque personne présente a pu repartir avec des outils inspirés de la philosophie stoïcienne pour réfléchir à sa propre représentation de l’amour.
Que faire de nos émotions?
À ces conférences et ces ateliers s’ajoutent, comme chaque année, différents moments d’échanges informels, pendant les pauses, à midi, et enfin une table-ronde pour ponctuer l’événement autour des questions du public, autant d’occasions d’échanger avec les intervenant.e.s.

Cette année encore, la journée stoïcienne nous a donné l’opportunité, à toutes et à tous, experts et amateurs de la philosophie stoïcienne, de prendre au sérieux cette école de pensée et d’expérimenter, à partir d’exercices concrets, le choix de vie stoïcien, et la pertinence de leur point de vue sur la question des émotions.
Merci!

Merci à tous les intervenant.e.s (conférenciers, animateurs et animatrices d’ateliers) pour la richesse de cette journée.
Merci à tous les bénévoles de l’association qui ont travaillé pendant plusieurs mois pour mettre sur pied cet événement. Une mention spéciale aux nombreux bénévoles appartenant au Portique Stoa Gallica de Paris. Votre engagement est précieux.
Merci à toutes les personnes présentes, d’avoir animé les échanges par vos questions et votre participation active durant les ateliers.

Et après?
Rendez-vous en 2026 ! Le retour des personnes présentes est clair, le modèle de la journée stoïcienne 2025 est une réussite, et permet aux personnes qui le souhaitent de se plonger davantage dans la pratique du stoïcisme. Nous préparons d’ores et déjà l’événement de l’année prochaine pour qu’il soit encore une fois tourné vers la pratique, avec encore plus de moments d’échanges, et davantage de temps, pour chaque atelier, pour la mise en pratique des exercices présentés.
Comment nous suivre?
En attendant la prochaine journée stoïcienne en 2026, si le destin le permet, vous pouvez également continuer à suivre les activités de l’association Stoa Gallica, que ce soit sur son blog, ou sur les différents réseaux sociaux. Les prochains événements y seront communiqués au fur et à mesure :
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Comment nous rejoindre ?
- Devenez membre de l’association et rejoignez les 150 membres qui font vivre l’association tout au long de l’année et continuez à faire vivre l’association en apportant votre enthousiasme et vos compétences propres
- Rejoignez un Portique et participez aux activités régulières organisées à Paris, Lausanne ou Montréal, et bientôt dans d’autres villes du monde francophone.
Pour revivre cette journée
Certaines vidéos des interventions sont déjà publiées sur la chaîne Youtube de Stoa Gallica. Les autres vidéos le seront prochainement. Abonnez-vous pour ne rien rater!
En attendant, retrouvez les moments forts de cette journée à travers cette sélection de photos proposées par @agyrtis.

































