Lumière sur… Jérôme Robin

Ma rencontre avec le stoïcisme

De formation scientifique, docteur en physique subatomique, j’ai pris goût à la culture antique, notamment romaine, en suivant un enseignement de latin au collège et au lycée. Si je n’ai pas vraiment apprécié mes cours de philosophie au lycée, j’ai toujours gardé un intérêt pour cette discipline, pensant au fond de moi qu’il devait y avoir plus derrière celle-ci que ce que j’en avais aperçu à l’époque (ou ce qui m’en avait été montré). Je dois au travail de vulgarisation de Michel Onfray d’avoir conservé un intérêt prononcé pour la philosophie et encore à lui d’avoir cru dans la possibilité d’en faire une règle de vie selon cette courte maxime qu’il a fait sienne : « penser sa vie, vivre sa pensée ».

Mes pérégrinations de lecture m’ont amené un jour, ce devait être début 2013, à lire l’ouvrage « Qu’est-ce que la philosophie antique ? » de Pierre Hadot, et c’est sans doute dans celui-ci que j’ai découvert pour la première fois la mention d’exercices spirituels. J’ai alors placé tous mes efforts dans le fait de trouver des ouvrages présentant pédagogiquement cet aspect pratique de la philosophie… et je ne peux pas dire que cela fut facile ! C’est la lecture des ouvrages « Exercices Spirituels. Leçons de la philosophie antique » de Xavier Pavie et « Stoic Spiritual Exercices » d’Elen Buzaré qui m’a permis d’avoir une vision plus précise de ce que recouvrait cette notion. Pour une raison que j’ignore, même si j’ai acquis presque au même moment l’autre ouvrage de Pierre Hadot « Introduction aux Pensées de Marc Aurèle », je ne m’y suis pas consacré avant début 2014, et c’est pourtant au travers de cette lecture que j’ai eu un déclic et que depuis mon intérêt pour le stoïcisme n’a cessé de croître ainsi que ma pile de livres à lire, au risque de me disperser, ce que me reprocherait sans doute Sénèque : « Il faut ne se pénétrer et ne se nourrir que de quelques auteurs déterminés, si l’on veut en tirer un profit durable. » (Sénèque, Lettres à Lucilius, 2, 2)

Dans la prolongation de ma lecture du livre de William B. Irvine « A Guide to the Good Life: The Ancient Art of Stoic Joy », et faute alors d’avoir trouvé une communauté francophone dédiée au stoïcisme, j’ai participé à la Stoic Week 2014 et ai commencé à suivre la communauté anglophone, en regrettant de ne pas pouvoir partager et discuter de ce sujet avec des compatriotes, notamment de l’aspect pratique de cette école de vie philosophique. C’est d’ailleurs lors de la Stoic Week 2015 que j’ai fait la connaissance (providentielle pour le moins !) de Patrick Moisson, désormais président de notre association. Et peu de temps après, je me trouvais embarqué dans une « retraite » philosophique en Haute-Loire, lors de laquelle l’association Stoa Gallica vit le jour… le reste appartient à l’histoire.

Voici ce qui m’a conduit, ces dernières années, en autodidacte assumé, mais avec les difficultés qui vont avec, à avoir maintenant envie de partager mes maigres connaissances acquises et les pratiques que j’ai mises en place, à vouloir aider celles et ceux désirant adopter la vie philosophique stoïcienne. Le développement de notre association et de notre communauté francophone permettra, si le Destin le permet, d’augmenter et d’approfondir ces échanges constructifs.

Présentation de mon activité autour du stoïcisme

Dès novembre 2014, j’ai commencé à rédiger quelques articles pour présenter les principes de la philosophie stoïcienne (en tout cas ce que j’avais cru en comprendre à l’époque à partir de la lecture de l’ouvrage « Introduction aux Pensées de Marc Aurèle » de Pierre Hadot), et ce en détournant la ligne éditoriale première de mon blog consacré à des réflexions autour du jeu. J’ai même tenté de fusionner ces deux intérêts, ludique et philosophique, dans une chimère improbable et pas très convaincante, appelée « Zen comme Zénon », lors du Game Chef 2015, un concours de création de jeu en neuf jours sur la base d’un thème et de quatre ingrédients imposés. Même si cette tentative ne fût pas un grand succès, je garde toujours ce projet d’arriver à amener des personnes au stoïcisme par sa ludification.

Mon intérêt croissant pour cette philosophie m’a amené ensuite à m’impliquer plus concrètement en devenant un des administrateurs et animateurs du groupe Stoïcisme contemporain ouvert en décembre 2015 sur Facebook. Mais ma contribution principale reste celle liée au développement de l’association Stoa Gallica, dont je suis le trésorier depuis sa création en 2017.

En tant que représentant de Stoa Gallica, et à l’invitation amicale de l’association Culture Rurale Et Savoirs Partagés En Forêt d’Orient, qui organise des ateliers philosophiques tous les mois, j’ai eu l’occasion d’animer quatre sessions sur le thème : « Stoïcisme : une promesse de liberté et de bonheur toujours d’actualité ? » de novembre 2019 à mars 2020. Le dernier atelier, visant à revenir sur les différentes disciplines présentées dans les sessions précédentes et à proposer une routine quotidienne pour les implémenter, devait se tenir le 18 avril dernier, mais le Destin ne l’a pas permis… Ce n’est toutefois que partie remise, et j’ai hâte de retrouver les participant(e)s pour savoir s’ils ont réussi à mettre à profit durant cette période de pandémie de Covid-19 les principes que je leurs avais présentés.

Le projet qui m’occupe en ce moment est de chercher à reconstruire la progression pédagogique qui devait être de mise à l’école d’Épictète, en m’appuyant sur l’excellent ouvrage de Théodore Colardeau intitulé « Étude sur Épictète », mais également sur l’ouvrage, non moins excellent mais exigeant de par son contenu, « L’apprentissage de la responsabilité – Essai sur le stoïcisme d’Épictète » d’Olivier D’Jeranian, ouvrage à paraître et que j’ai eu la chance de lire en avant-première. Outre mon intérêt personnel visant à orienter ma pratique et à retrouver la logique inhérente à l’enseignement d’Épictète, il me semble que c’est une étape indispensable si nous voulons à terme pouvoir fournir aux adhérents de notre association et aux intéressés voulant adopter la philosophe stoïcienne, une démarche pratique, robuste et cohérente.

Enfin, sans doute pour exprimer mon esprit synthétique et créatif, je produis régulièrement des schémas visant à articuler et mettre sur le papier ma compréhension actuelle de tel ou tel aspect de la philosophie stoïcienne. Mes dernières réalisations graphiques défilent actuellement sur la page d’introduction de ce site, et ce sous la forme de chries extraites des Entretiens d’Épictète.

Ce que le stoïcisme a changé pour moi

Ayant suivi un long cursus scientifique, je dirais, par analogie avec les trois parties de la philosophie stoïcienne, que j’avais eu alors pleinement l’occasion d’intégrer une vision du monde reposant sur la physique et la logique. Ayant renoncé très tôt à toute croyance religieuse, et l’athéisme n’offrant au final pas de principes moraux à suivre, j’étais en manque d’une véritable éthique de vie. Ayant flirté un temps avec l’hédonisme et l’épicurisme, sans y trouver mon compte, c’est finalement le stoïcisme qui s’est trouvé s’accorder le mieux avec ma vision du monde. L’intrication de la physique, de la logique et de l’éthique dans la philosophie stoïcienne constitue un système rigoureux qui répond finalement très bien à mon esprit cartésien de physicien, qui cherche à comprendre rationnellement ce qui se produit autour de nous et en nous.

Au-delà de me fournir une boussole morale personnelle, les bienfaits d’une pratique quotidienne se révèlent assez clairement maintenant : diminution de ma nervosité, augmentation de ma confiance, relativisation des difficultés et de la valeur des choses extérieures, amélioration de ma résilience, recul et objectivité sur les événements, bienveillance et équanimité envers autrui. Si la philosophie m’a bien appris aussi une chose, c’est l’humilité devant la connaissance qu’on pense détenir d’un sujet. Mais contrairement à l’étude dans d’autres disciplines, qui peut mener à l’orgueil et au mépris des ignorants, le progrès que j’ai réalisé dans mes connaissances de la philosophie stoïcienne ne fait que contribuer à une meilleure application pratique, et donc à faire de moi, autant que je peux le percevoir aujourd’hui, un meilleur être humain. Nul doute qu’avec ce qui me reste à découvrir et comprendre de cette philosophie si riche et humaine, ma marge de progression reste encore grande, et que l’approche asymptotique de la sagesse ne sera pas linéaire mais bien plutôt sinusoïdale !

8 commentaire

  1. […] du stoïcisme aujourd’hui. La rencontre avec Elen, puis avec Patrick Moisson, Pierre Haese, et Jérôme Robin, membres fondateurs de Stoa Gallica, ouvre de nouvelles perspectives, enthousiasmantes, à cette […]

  2. […] récemment eu l’honneur d’accueillir sur mon podcast Jérôme Robin et Maël Goarzin, nous avons naturellement parlé du stoïcisme contemporain et de l’association […]

  3. […] Dust, auteur du blog et du podcast Bonum Wisdum, a récemment invité Jérôme Robin et Maël Goarzin, membres fondateurs de Stoa Gallica, pour discuter du développement de […]

  4. […] Daltrey intitulé “The Scientific God of the Stoics“. Traduction de l’anglais par Jérôme Robin. Nous remercions James Daltrey de nous avoir donné l’autorisation de publier la traduction de ce […]

  5. […] article est une traduction en français par Jérôme Robin de l’article de Donald Robertson “Did Stoicism Condemn Slavery?“. L’article […]

  6. […] article est une traduction en français par Jérôme Robin de l’article de Donald Robertson “Did Stoicism Condemn Slavery?“. L’article […]

  7. […] Pigliucci, The Stoic pledge, paru sur son blog, How to be a stoic. Dans cet article, traduit par Jérôme Robin, l’auteur nous donne un exemple de la manière dont on peut concrètement mettre en pratique […]

  8. […] texte est une traduction en français, par Jérôme Robin, de l’article de Keith Seddon, The Stoics on why we should strive to be free of the passions. […]

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