L’essence du stoïcisme : être une bonne personne

Ce texte est une traduction en français, par Michel Rayot et Maël Goarzin, de l’article de John Kuna, “Stoic essence: be a good person“, paru au mois de décembre 2023 dans le magazine The Stoic. Nous remercions l’auteur de cet article et l’éditeur de The Stoic de nous avoir donné l’autorisation de traduire ce texte et de le publier ici.


L’essence du stoïcisme : être une bonne personne

par John Kuna

Le stoïcisme n’a pas besoin d’être compliqué. Tentés que nous sommes d’ergoter sur les détails de la théorie stoïcienne – et croyez-moi, je le fais souvent moi-même – nous pouvons facilement perdre de vue la seule chose qui compte vraiment dans le stoïcisme : essayer d’être une bonne personne.

Interminables débats stoïciens

Les gens débattront sans cesse sur le rôle d’un cosmos divin et providentiel, sur la question de savoir si la dichotomie du contrôle est un concept stoïcien légitime ou non, sur la façon dont l’âme ou l’« hêgemonikon » joue un rôle dans notre capacité à raisonner, sur la question de savoir si le stoïcisme est édulcoré lorsque vous séparez la physique de l’éthique et de la logique. Rien de tout cela n’est fondamental. La nature du cosmos vous empêchera-t-elle d’être une bonne personne ? La traduction correcte de l’expression grecque « eph’hêmin » affectera-t-elle vraiment votre disposition intérieure ? Les théories stoïciennes de la conscience auront-elles un impact sur votre capacité à raisonner ? L’éclectisme ou le fondamentalisme des uns et des autres va-t-il vraiment changer votre façon d’agir envers eux ? Si vous avez répondu « oui » sérieusement à l’une ou l’autre de ces questions, j’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer : vous faites fausse route.

Évidemment, il est très louable d’avoir des discussions théoriques dans un cadre universitaire ou bien pour essayer de combattre les mythes et les fausses idées qui conduisent certaines personnes à croire que le stoïcisme conduit à la richesse, permet d’avoir du succès avec les femmes ou bien consiste à privilégier son bonheur personnel aux dépens des autres. Il est particulièrement utile d’étudier attentivement la théorie stoïcienne, de mieux la comprendre pour déterminer si vous êtes totalement en accord avec elle ou si vous devez la modifier pour votre propre pratique. Mais si vous êtes un stoïcien pratiquant, un « prokoptôn », votre unique objectif est de devenir une bonne personne, d’adopter un comportement irréprochable envers autrui.

Ceux d’entre nous qui pratiquent et étudient le stoïcisme depuis assez longtemps savent qu’il est possible de perdre de vue notre objectif en nous égarant dans les détails et les nuances du stoïcisme. Notre objectif n’est pas la sagesse ; il ne devrait jamais être question de perfection. Notre objectif est de continuer à essayer de nous améliorer un peu plus, jour après jour. Certains érudits ont une telle connaissance et une telle expertise de la philosophie que pour eux, il ne s’agit guère plus que d’un exercice académique d’analyse continue de ce que représente le stoïcisme dans sa forme la plus pure. Ce n’est pas seulement une perte de temps, cela contredit directement certains des plus grands philosophes stoïciens de l’époque.

Être une bonne personne

Marc Aurèle ne connaissait que trop bien ce piège. Ayant étudié la philosophie toute sa vie, il prenait plaisir à se plonger dans les ouvrages anciens de sagesse. Lui aussi s’est laissé captiver par la lecture, la théorisation et la réflexion sur la vie bonne ; c’est pour cela qu’il a dû se rappeler à plusieurs reprises, dans les Pensées, de revenir à ses racines.

Laisse là tous les livres. Cesse de te disperser. Cela ne t’est plus permis.

Marc Aurèle, Pensées II, 2, Traduit par Léon-Louis Grateloup.

Ceux qui étudient et pratiquent depuis assez longtemps savent que cette sentence est extrêmement tranchante. Mais c’est dans ce passage que Marc Aurèle saisit encore mieux l’esprit du stoïcisme :

Cesse de débattre sur ce que doit être un homme de bien ; sois-le.

Marc Aurèle, Pensées X, 16, Traduit par Maël Goarzin.

Voilà l’essence du stoïcisme ; que cette formule de Marc Aurèle résonne en vous.


Crédits: Photo de Nathan Lemon sur Unsplash.

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