Qu’est-ce que le stoïcisme?

Le texte ci-dessous est la traduction française d’un article de John Sellars intitulé “What is Stoicism?”. Traduction française de Maël Goarzin revue par Pierre Haese. Nous remercions l’auteur de cet article de nous avoir donné l’autorisation de publier la traduction de ce texte, qui vient compléter les différents articles introductifs que nous avons publiés jusqu’à présent.

John Sellars est l’un des membres fondateurs et actuel président de Modern Stoicism. Il enseigne la philosophie à Royal Holloway, Université de Londres. Il est l’auteur de The Art of Living, Stoicism, Hellenistic Philosophy, Lessons in Stoicism, et Marcus Aurelius. Il est également l’éditeur de The Routledge Handbook of the Stoic Tradition.


Qu’est-ce que le stoïcisme ?

Par John Sellars

Dans les lignes qui suivent, je voudrais exposer quelques concepts clés du stoïcisme. Mon but est de présenter les principes philosophiques qui se retrouvent dans toutes ces citations inspirantes de Sénèque et Marc Aurèle qui circulent sur Internet. Quels sont les principes fondateurs de la philosophie stoïcienne ?

Je commencerai par évoquer la manière dont les stoïciens de l’Antiquité conçoivent leur philosophie. Selon ces derniers, le stoïcisme est une philosophie qui comporte trois parties : la logique, l’éthique et la physique. La plupart d’entre eux insistent sur le fait que ces trois parties forment un tout indissociable et ils ont recours à de belles métaphores pour illustrer cela. Selon eux, la philosophie stoïcienne est comme un œuf : la logique est la coquille, l’éthique est le blanc, et la physique est le jaune. Ou comme un verger : la logique est le mur d’enceinte, la physique les arbres et l’éthique les fruits. Ou encore, comme un être humain : la logique représente les os, l’éthique la chair et la physique l’âme.

Pour chaque métaphore, le but est de montrer que ces trois parties de la philosophie forment un tout indissociable. Vous ne pouvez pas avoir un œuf, un verger ou un être humain sans ces trois parties. Vous avez besoin de toutes ces parties. Je vais donc vous présenter brièvement chacune de ces trois parties, en choisissant un concept clé pour chacune d’elles, tout en vous expliquant comment elles sont liées les unes aux autres.

La logique

Commençons par la logique. Par « logique », les stoïciens désignent quelque chose de beaucoup plus large que la vision que nous avons de ce terme aujourd’hui. Je pense que la meilleure façon de caractériser la logique est de dire qu’elle concerne la connaissance : elle s’intéresse à ce que nous pouvons savoir, à ce que nous disons, à la véracité de ce que nous disons et à la cohérence logique des arguments que nous utilisons. Elle inclut donc ce que nous considérons aujourd’hui comme la logique, mais elle est aussi beaucoup plus large que cela.

Les stoïciens – comme bien d’autres philosophes de l’Antiquité – pensent que la rationalité est l’une des caractéristiques de l’être humain, ils accordent donc une grande importance à la cohérence logique. C’est d’ailleurs ce que la plupart d’entre nous faisons, même si nous n’en sommes pas toujours conscients. Il n’est pas rare, par exemple, d’entendre quelqu’un reprocher aux autres leur manque de cohérence, comme si l’incohérence était fondamentalement quelque chose de mauvais. Et en effet, personne n’aime les hypocrites, ni les personnes qui disent une chose à un moment donné, pour se contredire quelques instants plus tard. Cette idée de cohérence reviendra à plusieurs reprises dans la suite de mon développement.

Les jugements

Il y a beaucoup à dire sur la logique stoïcienne, mais je voudrais me concentrer sur un concept clé issu de cette partie de la philosophie stoïcienne. Il s’agit de la notion de jugement. Selon les stoïciens, nos jugements sont le fondement de toutes nos connaissances. Nous recevons des informations par nos sens, elles sont présentées à notre esprit, et nous portons un jugement sur elles – pour les accepter ou les rejeter – et cela crée une conviction. Parfois nous portons de bons jugements, parfois nous nous trompons. Cela est évidemment important, ne serait-ce que pour comprendre le monde. Mais ce que les stoïciens soulignent également, c’est que nous ne nous contentons pas de juger les faits, nous posons également des jugements de valeur, et ces jugements de valeur orientent notre vie. Nous recherchons ce que nous jugeons bon, nous évitons ce que nous jugeons mauvais ; nous sommes satisfaits lorsque nous obtenons ce que nous jugeons bon, et nous sommes frustrés lorsque nous ne l’obtenons pas. Notre vie émotionnelle est en fait le produit de nos jugements.

Examinons quelques brèves citations. Épictète écrit :

Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses mais les jugements qu’ils portent sur les choses. – Épictète, Manuel, 5, trad. P. Hadot

Et Marc Aurèle reprend cette idée lorsqu’il écrit :

N’ajoute rien à ce que les représentations principales te font connaître. Elles te font connaître qu’un tel dit du mal de toi ; voilà ce qu’elles te font connaître ; mais elles ne te font pas connaître que cela t’est nuisible. – Marc Aurèle, Pensées, VIII, 49, trad. E. Bréhier

Ainsi, la première chose, selon les stoïciens, est de faire attention à nos jugements. Trop souvent, nous jugeons rapidement, sans réfléchir, presque inconsciemment. Au lieu de cela, les stoïciens suggèrent de ralentir, d’essayer de créer une distance cognitive entre le moment où nous éprouvons quelque chose et celui où nous portons un jugement sur cette expérience. Cela peut s’appliquer à l’acceptation hâtive d’une nouvelle douteuse publiée sur les médias sociaux ou à la réaction furieuse à ce qui nous percevons comme une insulte. Dans les deux cas, faire une pause avant de prononcer un jugement hâtif nous permettra de réagir de manière plus mesurée et appropriée. Voilà pourquoi le jugement est un concept clé pour les stoïciens.

L’éthique

Ceci nous amène à la deuxième partie de la philosophie stoïcienne : l’éthique. Si la logique concerne essentiellement la connaissance, l’éthique concerne d’abord les valeurs. Elle s’intéresse à ce qui est bon ou mauvais, et à ce que nous devrions faire ou ne pas faire. De nombreuses personnes qui s’intéressent au stoïcisme aujourd’hui estiment peut-être qu’elles s’intéressent uniquement à l’éthique. Mais comme j’ai déjà essayé de le montrer, la logique est également essentielle, et en particulier le rôle joué par nos jugements. Dans le deuxième passage que nous avons examiné plus haut, Marc Aurèle affirme que si quelqu’un dit du mal de vous, rien de mal n’est arrivé. Si vous jugez que quelque chose de mal s’est produit, vous faites erreur. Mais pourquoi Marc Aurèle pense-t-il que le fait de parler de vous en termes désobligeants n’est pas une mauvaise chose ? Cela soulève la question de savoir ce qui a ou n’a pas de valeur, et cela nous amène au concept clé de l’éthique sur lequel j’aimerais me concentrer maintenant : la vertu.

La vertu

Qu’est-ce qui est bon et qu’est-ce qui est mauvais ? Les stoïciens soutiennent que tout ce qui est bon – tout ce qui est vraiment ou intrinsèquement bon – nous sera toujours bénéfique. Et cela nous sera toujours bénéfique (on retrouve l’idée de cohérence). La seule chose qui, selon les stoïciens, entre dans cette catégorie est le fait d’avoir une excellente disposition intérieure ou un excellent caractère. Il est parfois difficile de saisir ce que signifie cette excellence, car elle recouvre plusieurs aspects : être rationnel, cohérent, en bonne santé psychique, pourrait-on dire, ne pas être submergé par des émotions perturbatrices, et posséder des qualités telles que la modération, le courage, l’équité ou la justice. Si vous possédez toutes ces qualités, vous serez épanouis dans toutes les situations, peu importe ce que la vie vous réserve. De plus, il n’existe aucune situation où le fait d’être calme et rationnel pourrait aggraver les choses. De même, il n’y a pas, pour les stoïciens, de situations évidentes dans lesquelles l’anxiété, l’irritabilité ou l’agressivité soient bénéfiques. Avoir une bonne disposition intérieure est toujours une bonne chose, et n’est jamais une mauvaise chose. C’est pourquoi cette excellence est, pour les stoïciens, la seule chose véritablement bonne.

Donc, si nous voulons vivre une vie bonne, la chose la plus importante à faire est de nous occuper de nous-mêmes, de la façon dont nous considérons les choses (encore une fois, surveillons nos jugements) et de ce qui nous semble avoir le plus de valeur. Si vous estimez que le fait de conserver votre calme est ce qui compte le plus, alors, comme Marc Aurèle, vous éviterez de juger que vous avez été blessé si quelqu’un dit du mal de vous. Car si vous jugez que vous avez été blessé, c’est bien vous qui vous faites du tort, puisque, comme le dit Épictète, ce qui nous trouble, ce ne sont pas les choses, mais nos jugements sur les choses.

Qu’en est-il du reste ? Qu’en est-il de toutes ces choses que nombre d’entre nous poursuivons une grande partie de notre vie ? L’argent, les possessions, le succès, la réputation. Aucune de ces choses n’est-elle bonne ? Les stoïciens répondent par la négative, car si ces choses sont parfois bénéfiques, elles ne le sont pas toujours. Plus précisément, le fait de les posséder ne nous garantit pas une vie bonne et heureuse, ce que nous confirment les reportages interminables des médias people sur la misère des riches et des célébrités. Si vous êtes dans un état psychologique désastreux, la célébrité ou la fortune n’y changeront rien. Par conséquent, si vous voulez être heureux, plutôt que de rechercher ces choses extérieures, ce que vous devez faire, disent-ils, c’est vous occuper de vous-même, de vos jugements, de la façon dont vous pensez les choses.

Permettez-moi de paraphraser un passage de Sénèque qui illustre bien cette idée :

« À quelqu’un [qui se plaignait], Socrate répliqua : ‘’Pourquoi es-tu surpris de ne profiter en rien de tes longues courses ? C’est toi que tu emportes partout’’ – Sénèque, Lettres à Lucilius, 28, 2, trad. H. Noblot revue par P. Veyne ; voir aussi 104, 7

S’il y a une chose à laquelle nous ne pouvons jamais échapper, c’est à nous-mêmes. Il est donc compréhensible que ce soit la seule chose, en fin de compte, qui détermine la qualité de notre vie. Nous devons nous en occuper avant de nous préoccuper de quoi que ce soit d’autre.

La physique

Passons maintenant à la troisième partie de la philosophie stoïcienne : la physique. Pour les stoïciens, la physique désigne simplement l’étude de la Nature, l’étude de ce qui existe. Et c’est là, selon eux, la troisième partie essentielle de leur philosophie. Il y aurait beaucoup à dire à son sujet et certains point soulèvent de grandes questions. Par exemple, les stoïciens affirment que la Nature est gouvernée ou organisée par un principe rationnel qu’ils identifient à Dieu. Mais il ne s’agit pas d’un dieu semblable à celui que nous connaissons dans les religions monothéistes ; il s’agit simplement de ce principe rationnel organisateur, et le moyen de le connaître est d’étudier la nature.

Les stoïciens ajoutent que ce principe organisateur au sein de la Nature ordonne les choses de manière providentielle, mais ils identifient cette providence avec ce que nous pourrions appeler la structure mécanique du destin, qui à son tour se confond avec la simple relation physique de cause à effet. En bref, il y a de multiples façons de comprendre tout cela, et les stoïciens de l’Antiquité n’étaient pas tous d’accord sur les détails. Certaines personnes attirées par le stoïcisme aujourd’hui suggèrent d’ailleurs que, toute cette physique ancienne étant inévitablement dépassée, nous ne devrions pas trop nous préoccuper de ces détails.

L’interconnexion

Cependant, la physique est un élément essentiel du stoïcisme et certaines notions fondamentales de la physique stoïcienne jouent un rôle important pour l’ensemble de cette philosophie. Le concept clé sur lequel je voudrais me concentrer maintenant est ce que j’appellerai l’interconnexion. Les stoïciens soutiennent que la Nature est une unité organique, un tout interconnecté. Nous faisons partie de quelque chose de plus grand que nous-mêmes et notre bien-être dépend de cette chose plus grande.

Marc Aurèle l’exprime ainsi :

« Toutes les choses sont entrelacées les unes avec les autres ; c’est un lien sacré ; et il n’y a presque aucune d’elles qui soit étrangère l’autre ; car elles ont une ordonnance commune et elles forment un seul et même monde. » – Marc Aurèle, Pensées, VII, 9, trad. E. Bréhier

Non seulement nous faisons partie de ce cosmos unique et unifié, mais nous faisons également partie de communautés d’individus plus larges, que ce soit localement ou, finalement, en tant que membres de la communauté humaine dans son ensemble. Nous sommes également dépendants de ces communautés, à moins bien sûr que vous ne cultiviez votre propre nourriture, que vous ne fabriquiez vos propres vêtements et que vous ne traitiez vos propres eaux usées. Je doute que beaucoup d’entre nous fassent tout cela. Mais quiconque parvient à atteindre ce degré d’autosuffisance vis-à-vis des autres serait, je suppose, encore plus conscient de sa place au sein de la Nature dans son ensemble et de sa dépendance à son égard.

En bref, aucun d’entre nous ne peut survivre de manière isolée. Nous dépendons les uns des autres et de la Nature, et nous devons en tenir compte dans les choix que nous faisons. Mais nous n’avons pas besoin de choisir entre ce qui est dans notre intérêt et ce qui est dans l’intérêt de la communauté ou de la planète, car, en définitive, ces intérêts se rejoignent. La personne qui agit de manière égoïste ou antisociale n’a pas saisi ce concept clé d’interconnexion. Les stoïciens diraient qu’une telle personne doit se remettre à étudier la physique. Son échec dans le domaine éthique est en partie dû à sa méconnaissance du fonctionnement du monde.

En ce sens, nous pouvons observer non seulement l’interconnexion entre toutes les choses qui existent, mais aussi l’interconnexion des trois parties de la philosophie stoïcienne elle-même, la physique sous-tendant l’éthique, tout comme la logique sous-tend l’éthique. Nous avons besoin des trois pièces du puzzle. Quiconque a lu les Pensées de Marc Aurèle sait que, la plupart du temps, il médite sur sa place dans la nature. Et quiconque s’est plongé dans l’œuvre d’Épictète aura vu ce dernier mettre en garde contre le fait de perdre son temps avec des difficultés logiques, tout en insistant sur la nécessité d’étudier la logique.

En résumé

Pour résumer ce qui précède, nous pouvons retenir ces trois concepts clés du stoïcisme, en lien avec chacune des trois parties de la philosophie stoïcienne :

  • La logique : les jugements (qui déterminent notre perception du monde)
  • L’éthique : la vertu (la seule chose qui nous est toujours bénéfique)
  • La physique : l’interconnexion (nous faisons partie de quelque chose de plus grand que nous)

Le but recherché

J’ai mentionné plus haut l’importance de la cohérence pour les stoïciens. J’ai parlé de la nécessité d’être cohérent d’un point de vue rationnel ou logique. Nous pouvons également considérer la cohérence éthique, à la fois concernant notre propre comportement mais aussi vis-à-vis de ce que nous attendons des autres : « fais aux autres ce que tu voudrais qu’ils fassent pour toi », comme le dit le dicton. Lorsque nous admirons quelqu’un parce qu’il est digne de confiance ou fiable, nous admirons en quelque sorte le fait qu’il soit cohérent. A côté de cela, il y a aussi ce que l’on pourrait appeler la cohérence psychologique : quelqu’un qui change constamment d’avis, qui fait des allers-retours, qui est incapable de prendre des décisions fermes ou de se concentrer sur une seule tâche a peu de chances de pouvoir mener une vie calme et tranquille, et nous avons donc aussi besoin de cette cohérence psychologique.

Pour les stoïciens, ces différents types de cohérence sont fondamentalement une seule et même chose. Il s’agit d’avoir une disposition intérieure cohérente qui porte des jugements cohérents. Ou, pour le dire autrement, il s’agit de porter des jugements cohérents afin de prendre l’habitude de penser et de se comporter de manière cohérente, ce qui est le propre d’une disposition intérieure cohérente.

Selon Zénon, le fondateur du stoïcisme, le but ou l’objectif de la vie humaine est de vivre de manière cohérente. Ce qu’il avait à l’esprit est très certainement le type de cohérence que je viens de décrire. Cléanthe, son élève et successeur en tant que scholarque du Portique, a étendu cette notion à une vie cohérente ou conforme à la Nature. Chrysippe, son élève et successeur, l’a encore élargie à une vie cohérente ou conforme à l’expérience que nous avons de ce qui se produit dans la Nature. Je ne pense pas qu’il y ait eu de divergence d’opinion à ce sujet ; que ce soit Zénon, Cléanthe ou Chrysippe, chacun d’entre eux cherche simplement à trouver la meilleure façon d’exprimer la même idée.

Il y a différentes facettes à cette idée fondamentale :

  • Vivre de manière cohérente, c’est-à-dire être rationnel
  • Vivre en accord avec la Nature, ce qui peut être compris en deux sens :
    • 1) en accord avec la nature humaine (être rationnel mais aussi être sociable)
    • 2) en accord avec la Nature dans son ensemble (être respectueux de l’environnement ; travailler avec l’environnement naturel plutôt que contre lui ; et encore une fois, de manière interconnecté)
  • Vivre en cohérence ou en accord avec ce qui se passe conformément à la Nature (accepter ce qui nous arrive et qui échappe à notre contrôle, embrasser le destin, etc.)

Je pense que c’est à cela que devrait ressembler le mode de vie stoïcien idéal : une vie rationnelle, sociable, en harmonie avec l’environnement naturel, et sans plainte.

Pour y parvenir, nous devons :

  1. Prêter attention à nos jugements,
  2. Nous concentrer sur ce qui est intrinsèquement bon, c’est-à-dire avoir une disposition vertueuse,
  3. Comprendre que nous sommes des parties d’un tout plus large.

Si nous parvenons à respecter ces trois principes, nous pouvons, selon les stoïciens, mener une vie bonne, calme et heureuse, où que nous soyons, quelles que soient les circonstances dans lesquelles nous nous trouvons et quoi que la vie nous réserve.

Maël Goarzin

Docteur en philosophie de l’Université de Lausanne (Suisse) et de l’École Pratique des Hautes Études (Paris), mes recherches portent sur la philosophie comme manière de vivre. Membre fondateur et actuel secrétaire de l’association Stoa Gallica, je promeus également l’étude de la philosophie stoïcienne et défends la pertinence d’un stoïcisme contemporain. Actuel éditeur et contributeur pour le blog de Stoa Gallica, je présente aussi le résultat de mes recherches sur mon blog personnel : https://biospraktikos.hypotheses.org/.

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