La vie est un festival – savoir regarder

Le texte ci-dessous est une traduction en français, par Michel Rayot et Maël Goarzin, de l’article de Meredith Kunz, “Life is a festival – if you know how to look“, paru au mois de décembre 2022 dans le magazine The Stoic, dirigé par Chuck Chakrapani. Nous remercions l’auteure de cet article et l’éditeur de The Stoic de nous avoir donné l’autorisation de traduire ce texte et de le publier ici.

Meredith A. Kunz est la rédactrice du blog The Stoic Mom.


La vie est un festival – savoir regarder

par Meredith Kunz

Prendre un moment pour contempler d’un regard extérieur les rouages du festival qui se déploie autour de nous.

Joie de l’après-midi

Si vous vous postez quelque part à Munich, en Allemagne, un dimanche après-midi, vous entendrez des dizaines de cloches retentir simultanément tout autour de vous. Dans les vieux quartiers, à proximité de l’un des énormes clochers, elles sonnent de façon assourdissante. Elles vous forcent à vous arrêter, elles envahissent vos sens.

La vie est un festival, ici, en ce week-end ensoleillé d’automne, alors que les touristes et les locaux se promènent au cœur de la ville. C’est une impression subite, une série d’expériences inédites, de surprises, de délices, de difficultés, ou même d’horreurs. La vie regorge de choses passionnantes et inattendues, de terribles conflits, de déceptions et d’adversité. Tout est dans la vie, à tout instant. C’est le cœur même de la vie telle qu’elle est conçue par les Anciens : comme un festival ; dans notre parcours de vie, nous sommes exposés à tout ce qui nous arrive, il nous appartient de découvrir et d’analyser ce que cela signifie.

Mon expérience à Munich l’a prouvé. Longer les églises puis parvenir à la grande brasserie du « Viktualienmarkt », avec son comptoir à bière qui sert d’énormes chopes de bières à des douzaines de clients… Puis s’asseoir sur un banc aux côtés de dizaines d’autres personnes pour savourer le fruit de cette brasserie de tradition centenaire, avec un énorme bretzel fraîchement préparé, s’imprégner de cette culture de la bière et manger d’énormes bretzels, tout en parlant une multitude de langues… Près de nous, se trouvent une femme, avec un chérubin dans ses bras, et plusieurs hommes : tous parlent français. De l’autre côté, se trouve un couple qui parle anglais, accompagné d’un jeune chien berger blanc suisse qui apprend tout juste à se poster, à s’agiter pour quémander les restes. Les gens se lèvent pour saluer ce gros toutou, ce qui participe à la joyeuse ambiance.

Rappel du côté obscur  

Et pourtant, au milieu de tout ce charme, partout dans la vieille ville de Munich rôde le souvenir sombre de son histoire, là où le fascisme a pris le dessus avec la montée d’Hitler et du parti nazi. Au coin de la rue du « Biergarten » se trouvent les lieux où des personnes malveillantes ont agi avec une violence horrible pour gagner et maintenir leur pouvoir. Il y a des pavés d’or placés en mémoire des victimes sur une ruelle latérale, où les gens ont été arrêtés pour avoir refusé de saluer Hitler sur l’avenue principale, un acte de défiance lourd de conséquences. Aux plaisirs de découvrir la ville en tant que touriste, s’ajoute aussi l’expérience sinistre de la visite du Centre de documentation nazi, un musée moderne qui expose les témoignages des horreurs du Troisième Reich, et qui instruit les visiteurs sur son histoire. En étudiant l’histoire du XXe siècle, on apprend à quel point les gens peuvent être inhumains ; on constate également que cette magnifique vieille ville a été reconstruite après la guerre, sur les ruines d’une ville lourdement bombardée et détruite.

Savoir regarder

Ainsi, vous pouvez découvrir tous les aspects de ce festival de la vie en un même endroit, si vous savez comment regarder.

Les Anciens l’avaient compris. Ils nous rappellent que dans ce festival de la vie, certains ne s’intéressent qu’à certains détails insignifiants de ce festival ou ne le voient que d’un point de vue égocentrique. D’autres, à l’inverse, s’efforcent de considérer la vie dans son ensemble, d’en apprendre le sens profond, avec « le regard d’en haut », pour la comprendre comme le ferait un philosophe. Voici ce que dit Épictète :

« Notre condition ressemble à ce qui se passe dans une foire. On y mène les bêtes de somme et les bœufs pour les vendre, et la plupart des hommes y vont soit pour acheter soit pour vendre ; peu nombreux sont ceux qui viennent pour jouir du spectacle de la foire, pour voir comment les choses se passent et pourquoi, qui sont ceux qui l’ont organisé et à propos de quoi. »

Épictète, Entretiens, II, 14, 23, trad. par R. Muller

Peut-être qu’en nous plongeant dans ce festival de la vie, que ce soit dans le beau et l’éclatant, ou bien dans l’affreux et le tragique, nous pouvons nous souvenir de cette notion de festival. C’est une façon de créer une juste distance avec les petits événements de la vie, en les acceptant comme ils arrivent, tout en prêtant une attention au « pourquoi » et au but de tout cela, et en maintenant l’attention portée sur le festival lui-même. 

Trouver le fil conducteur

Peut-être que c’est un peu plus facile pour les personnes qui ont l’habitude d’enquêter et d’écrire. J’ai une formation en histoire et en journalisme et suis de ce fait habituée à chercher le fil conducteur des choses. Mais c’est une aptitude que tout le monde peut développer. J’encourage chacun d’entre nous, quand il en a l’occasion, à prendre un moment pour regarder alentour et observer d’un regard extérieur les rouages de ce festival qui se déploie autour de nous.


Crédits: Photo by ian kelsall on Unsplash

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